Attali m’a tuer

Dans son rapport au Président de la République, la commission Attali préconise dans son article 58 la promotion du logiciel libre par trois différents moyens :

  • “Promouvoir la concurrence entre les logiciels propriétaires et les logiciels libres dans les appels d’offres, notamment publics. Un objectif de 20 % des applications nouvellement développées ou installées au profit du secteur public en open source pourrait être fixé à l’horizon 2012.
  • Considérer fiscalement, comme aux États-Unis, les aides aux communautés des logiciels libres comme du mécénat de compétence.
  • Exiger, à un niveau européen dans le cadre de la politique de la concurrence entre solutions logicielles, la fixation de normes internationales garantissant l’interopérabilité entre logiciels libres et les logiciels propriétaires, en priorité.”

Dans son préambule, l’article indique par ailleurs que le recours aux logiciels libres “induit une économie moyenne de 36 % en recherche et développement pour les entreprises utilisatrices”.

Que du bon donc. Las, 20 % des marchés publics c’est encore trop pour certains et l’AFDEL (Association Française des éditeurs de logiciels, le lobby français du logiciel donc, qui regroupe des sociétés telles que Dassaults Systèmes ou Microsoft) a trouvé bon de juger le rapport “iconoclaste” car défendant la promotion “exclusive et discriminatoire” du logiciel libre, qui réalise aujourd’hui seulement 2 % de parts de marché. L’AFDEL ajoute que “le logiciel libre n’a ainsi, de l’avis des spécialistes, pas débouché à ce jour sur des innovations de rupture. La plupart de ses produits phare s’avèrent des clones –parfois améliorés - de produits déjà existant sous modèle propriétaire.” Outre que le concept d’innovation de rupture mériterait une juste définition, on aimerait aussi avoir les noms et les publications de ces spécialistes. Quant à voir Apache, PostgreSQL, MySQL, PHP, et tant d’autres ramenés à de simples clones si ce n’est pas de l’humour, ça fait rire quand-même. Cette analyse a un point de vue exclusivement industriel, opposant des produits, des modèles économiques et des parts de marchés. Mais le logiciel libre a une autre dimension que le logiciel propriétaire n’a pas, c’est sa dimension pédagogique, éducative et communautaire. Le logiciel libre permet à tous de s’impliquer dans le développement logiciel, la mise en oeuvre de sites web, la rédaction de documentation sans avoir à s’acquitter d’un ticket d’entrée sous forme de coût de licence. Cette facilité crée de la connaissance, en favorise le partage et fait émerger de nouvelles idées et de nouveaux concepts. Que certains proposent du service payant autour de ces technologies (moi le premier) n’est pas intrinsèquement lié au produit lui-même, et le service ainsi rendu est indépendant tant du produit que du prestataire. Par son libre accès (au logiciel lui-même, au code) le logiciel libre favorise la dissémination et l’expérimentation. En retour, cela implique ouverture et interopérabilité. Quand une géodatabase ESRI ne peut être exploitée que par les logiciels conçus par la même société, ou au travers d’outils de transformation payants, une base PostGIS peut l’être par une multitude de clients, libres ou pas. C’est sans doute là que se situe l’innovation de rupture fondamentale.

Voir aussi le communiqué de l’AFUL sur le sujet.

Tags:

Laisser un commentaire