Archive pour le mot-clef ‘OpenSource’

Ca s’appelle « logiciel libre » parce que l’utilisateur est libre !

Jeudi 13 mars 2008

Malgré des rengaines récurrentes tendant à confondre logiciel libre et logiciel gratuit (ou Free Software et freeware, l’anglais étant encore plus ambigu que le français en la circonstance), un exemple récent illustre qui si la question du coût logiciel ne peut être évacuée, elle n’est pas centrale dans la problématique OpenSource.

L’association (« educationnal charity » en anglais, à but non lucratif donc) Oxford Archeology vient d’être notifiée par ESRI qu’elle ne pouvait plus se prévaloir des remises « éducation » pour ses licences ArcGIS car les associations étaient désormais exclues de ce périmètre. L’association, qui utilise 60 postes de travail sous ArcGIS, verra ses licences actuelles désactivées à la fin du mois (!), à moins de s’acquitter des tarifs « standard » d’ici là. Comme Oxford Archeology n’a pas les moyens de poursuivre avec ESRI, elle réfléchit à un basculement vers des solutions OpenSource. Question de coût donc ? Pas que. Car des logiciels propriétaires plus abordables pourraient être envisagés. Mais question de liberté surtout. Car tout autre logiciel propriétaire, s’il pourrait alléger les coûts, ne changerait pas la situation de base : la totale dépendance de l’utilisateur vis-à-vis de la politique commerciale (tarifs, conditions d’utilisation) et industrielle (mises à jour, correctifs, support…) de son éditeur, donc la subordination de son activité, et partant de là de son coût de revient et de sa productivité, à un tiers.

L’OpenSource a une approche inverse : mettre à la disposition de tous des outils informatiques et des ressources permettant à chacun d’être indépendant, autonome et libre dans leur utilisation :

« Free software is software that gives you the user the freedom to share, study and modify it. We call this free software because the user is free. » (Free Software Foundation)

Cela a parfois un coût aussi, direct ou induit, mais c’est celui de la liberté.

PS : ESRI a trouvé bon de faire remarquer à Jo Cook, auteur de l’article sus-mentionné dans son blog personnel, que les négociations en cours pourraient se trouver compromises par les propos tenus dans son blog. Liberté je vous dis !

via Technical Ramblings

Attali m’a tuer

Mardi 29 janvier 2008

Dans son rapport au Président de la République, la commission Attali préconise dans son article 58 la promotion du logiciel libre par trois différents moyens :

  • « Promouvoir la concurrence entre les logiciels propriétaires et les logiciels libres dans les appels d’offres, notamment publics. Un objectif de 20 % des applications nouvellement développées ou installées au profit du secteur public en open source pourrait être fixé à l’horizon 2012.
  • Considérer fiscalement, comme aux États-Unis, les aides aux communautés des logiciels libres comme du mécénat de compétence.
  • Exiger, à un niveau européen dans le cadre de la politique de la concurrence entre solutions logicielles, la fixation de normes internationales garantissant l’interopérabilité entre logiciels libres et les logiciels propriétaires, en priorité. »

Dans son préambule, l’article indique par ailleurs que le recours aux logiciels libres « induit une économie moyenne de 36 % en recherche et développement pour les entreprises utilisatrices ».

Que du bon donc. Las, 20 % des marchés publics c’est encore trop pour certains et l’AFDEL (Association Française des éditeurs de logiciels, le lobby français du logiciel donc, qui regroupe des sociétés telles que Dassaults Systèmes ou Microsoft) a trouvé bon de juger le rapport « iconoclaste » car défendant la promotion « exclusive et discriminatoire » du logiciel libre, qui réalise aujourd’hui seulement 2 % de parts de marché. L’AFDEL ajoute que « le logiciel libre n’a ainsi, de l’avis des spécialistes, pas débouché à ce jour sur des innovations de rupture. La plupart de ses produits phare s’avèrent des clones –parfois améliorés – de produits déjà existant sous modèle propriétaire. » Outre que le concept d’innovation de rupture mériterait une juste définition, on aimerait aussi avoir les noms et les publications de ces spécialistes. Quant à voir Apache, PostgreSQL, MySQL, PHP, et tant d’autres ramenés à de simples clones si ce n’est pas de l’humour, ça fait rire quand-même. Cette analyse a un point de vue exclusivement industriel, opposant des produits, des modèles économiques et des parts de marchés. Mais le logiciel libre a une autre dimension que le logiciel propriétaire n’a pas, c’est sa dimension pédagogique, éducative et communautaire. Le logiciel libre permet à tous de s’impliquer dans le développement logiciel, la mise en oeuvre de sites web, la rédaction de documentation sans avoir à s’acquitter d’un ticket d’entrée sous forme de coût de licence. Cette facilité crée de la connaissance, en favorise le partage et fait émerger de nouvelles idées et de nouveaux concepts. Que certains proposent du service payant autour de ces technologies (moi le premier) n’est pas intrinsèquement lié au produit lui-même, et le service ainsi rendu est indépendant tant du produit que du prestataire. Par son libre accès (au logiciel lui-même, au code) le logiciel libre favorise la dissémination et l’expérimentation. En retour, cela implique ouverture et interopérabilité. Quand une géodatabase ESRI ne peut être exploitée que par les logiciels conçus par la même société, ou au travers d’outils de transformation payants, une base PostGIS peut l’être par une multitude de clients, libres ou pas. C’est sans doute là que se situe l’innovation de rupture fondamentale.

Voir aussi le communiqué de l’AFUL sur le sujet.

Brevetage d’URL

Mercredi 24 octobre 2007

Ca semble un peu inouï dit comme ça, mais un brevet a été déposé par A9.com, une société du groupe Amazon.com, concernant un « Search engine system supporting inclusion of unformatted search string after domain name portion of URL », soit en bon français : « Moteur de recherche acceptant l’inclusion d’une chaine de recherche non formatée après le nom de domaine dans l’URL », donc quelque chose du genre : http://www.recherche.com/spaghetti bolognaise (les espaces sont acceptés). Voir ici pour les détails. Il y est précisé que le principe breveté concerne la soumission d’une chaîne de caractères à un moteur de recherche si cette chaîne ne correspond pas à une ressource existante.
Est-ce que cela signifie que toute structuration un rien RESTFul tombe dans le champ d’application de ce brevet pour peu que l’URL corresponde au modèle breveté ? Si http://www.communes.com/31555 pointe sur une ressource, ça semble bon, mais si http://www.communes.com/Toulouse passe au travers d’un mod_rewrite qui appelle http://www.communes.com/search.php?q=Toulouse pour renvoyer ensuite la ressource http://www.communes.com/31555, on est bien dans le champ d’application du brevet.

Je ne suis pas spécialiste des brevets, mais je frissonne déjà à l’idée de devoir vérifier si ma structuration d’URL, et donc l’architecture de mon application web, ne tombe pas sous une telle protection. Car si A9.com a pu le faire pour quelque chose d’aussi simple et basique, qui va se gêner ? Wikipedia pourrait deposer les URL en http://xxxx/wiki/chaine_de_recherche par exemple. Enorme bourde de l’USPTO ou nouvel eldorado des verrouilleurs de tout poil ?

Via slashdot