Dans une présentation récente qui a suscité un bel enthousiasme, Paul Ramsey discutait du nouveau paradigme à l’oeuvre dans le monde de la donnée géographique, à savoir que les vieux instituts géographiques régionaux ou nationaux, de Colombie britannique ou d’ailleurs, étaient foutus car  ils manquaient de relevance, entendez de pertinence, face à la formidable énergie créative des acteurs de la carto 2.0 (pêle-mêle : Google, Bing, MapBox et bien sûr CartoDB, employeur de l’auteur). Cette pertinence se manifeste essentiellement au travers des nouveaux moyens d’acquisition et de distribution de la donnée, au plus près des besoins des utilisateurs qui, grâce à l’activité incessamment innovante des développeurs, disposent ainsi d’applications indispensables pour leur quotidien et qu’ils choisissent justement en fonction de leur pertinence. Au-delà du plaidoyer pro domo de la présentation (un développeur, travaillant dans une start-up cartographique, expliquant que les développeurs révolutionnent le monde de la cartographie, et qu’il serait temps que les institutionnels s’y mettent, c’est aussi du marketing), cette notion de pertinence me chagrine un peu. Car finalement, il s’agit de mesurer quoi ? Le fait que Google Maps soit massivement plus utilisé que le Géoportail IGN est-il dû à la pertinence particulière de la cartographie Google Maps ? Ou au fait qu’outre la France on y trouve aussi le reste du monde, et des itinéraires, et des restaurants, des hôtels ? Ce sont sans doute des fonctionnalités pertinentes effectivement, mais comment reprocher à un institut géographique de ne couvrir que son territoire ou de ne relever que certains types d’objets géographiques (le travail de sélection étant à la base de tout projet cartographique). Que des utilisateurs préfèrent des données gratuites à des données payantes sous licence, est-ce l’illustration de la pertinence des premières ou de l’opportunité que le moindre coût représente dans cette prise de décision ? Que des services comme Google Maps et Bing dominent le marché, est-ce l’illustration de leur pertinence formelle ou de leur ambition universelle et générique, associée à leur formidable puissance commerciale et technologique, quasiment sans limite ? La pertinence du choix d’OpenStreetMap pour stocker des données géographiques est-elle due au fait de disposer ainsi d’une infrastructure de stockage et de diffusion gratuite ou à la qualité intrinsèque du service (serions nous prêt à payer pour pour la base de données OSM, pour des cartes OSM, et si oui combien) ? Car finalement, cartographier c’est choisir, et non plus seulement les entités à représenter mais aussi les modes de stockage, de distribution, de publication, qui tous supposent des critères entre lesquels des compromis et des arbitrages sont faits selon les objectifs que l’on s’est fixé. On peut toujours nommer la solution qui est plébiscitée comme étant pertinente, mais c’est faire un raccourci sur l’ensemble des critères qui ont pesé sur l’élaboration du choix, c’est un peu prendre le problème à l’envers comme ce fameux slogan de la Française de Jeux « 100 % des gagnants ont tenté leur chance ». C’est un peu aussi faire fi de la variété des besoins, usages, métiers qui font la richesse du monde de la « géomatique » et qui n’ont pas toujours grand-chose à voir avec les offres proposées par les géants de la « géolocalisation pour tous ». Et si la pertinence doit être un élément d’appréciation, elle ne doit pas masquer la quantité de critères, différents pour chacun, qui participent à sa définition.

Relever la pertinence

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